Aninta Boonnotok, vers l’infini

Vers l’infini

En homme de son temps, Aninta Boonnotok sait tout faire : dessinateur, peintre et designer graphic. Comme il nous le rappelle avec un brin de fierté, il étudie l’art à l’école dès les années 90, puis s’est inscrit dans une section dédiée au « mixed media art » – entendez par là une manière de mélanger les formes artistiques sur un même support ! – à la prestigieuse Université Chulalongkorn à Bangkok, d’où il sort diplômé avec les honneurs en 2001. Une preuve déjà à la foi d’une virtuosité précoce et d’un esprit décloisonné qui lui permettent de s’accorder toute possibilité. En tant qu’assistant, il assure le commissariat de diverses expositions de prestige – Beyond Paradise consacrée aux pays nordiques, puis le 3e Bangkok Experimental Film and Vidéo Festival à l’Alliance Française en 2002 – et travaille dans une agence pendant 10 ans en tant que Directeur Artistique avant de finalement se consacrer à une production plastique quasi exclusive, la peinture.

Pouvoir surnaturel

On l’a vu par le passé produire dans un style figuratif des portraits qu’il noyait déjà dans des formes ornementales, mais depuis quelques années il développe « un concept qui intègre les figures issues des cartoons vintage de [son] enfance ». Aussi bien des images de dessins animés de chez Walt Disney que des figures nées dans les mangas ou dans les fameux jeux vidéo arcade des années 70 ou 80. Il en résulte des images très pop et intemporelles inspirées par des super héros dotés d’un « pouvoir surnaturel », hilares ou contemplatifs, ultra connectés, dans lesquels on croit reconnaître un mix entre un Mickey robotique, le cultissime Astroboy ou le personnage du Roi Léo, le lionceau légendaire reconnaissable à son blanc immaculé. Autant de figures aussi familières qu’étranges… Il en va de même pour les lignes surabondantes, colorées ou sobrement blanches sur fond noir, elles aussi puisées dans les recueils de bandes dessinées. Pour lui, elles produisent avec force des « des sensations », qu’il qualifie de « fun, tout en mêlant esprit de combat et espoir ».

BOONNOTOK 6
BOONNOTOK 6
Arrêt sur image

Comme dans ses premières tentatives picturales, la figure semble se noyer dans des entrelacs déployés à l’infini. Qu’en est-il de ce background mouvant ? Il nous rappelle que quand on regarde un dessin animé manga, « l’arrière-plan du héros parti pour se battre figure souvent son QG dans un flou qui permet de figer le personnage principal en action ». Il est vrai que les auteurs japonais ont toujours affectionné ce court arrêt sur image qui situe le passage à l’acte, ce moment du combat à venir, en insistant sur une provenance : le lieu généralement intime, amical ou familial, que le héros chérit mais qu’il se doit de quitter parce qu’il lui faut remplir son devoir. Cet instant est généralement magnifié par des effets de couleur et de lumière qui emportent le spectateur dans un mouvement irrépressible. On retrouve cela chez Aninta, à cette différence près que l’environnement semble envelopper de manière troublante, presque inquiétante, la figure du héros plus qu’elle ne le libère. C’est comme s’il avait du mal à se détacher de son environnement propre au point de se laisser happer par ces lignes entrelacées.

BOONNOTOK 3
BOONNOTOK 3
Foisonnement intérieur

La force s’exprime-t-elle autrement ? À quelle source s’abreuve-t-elle ? Ces motifs nous sont connus ; ils s’inspirent de la statuaire asiatique classique, celle qu’on rencontre sur les frontons des portails de temples illustres ou sur certains panneaux sculptés. Lesquels représentent des figures parfois perdues face à l’immensité du cosmos. De même chez Aninta Boonnotok, les ornements fortement chargés ont pour fonction de donner une extension à la scène représentée. Ils la magnifient à l’infini. L’artiste admet cet apport non négligeable dans son art. « Quoi qu’il en soit, nous dit-il, je mêle le détail des lignes et des couleurs du style occidental avec des formes naturelles, animales ou humaines, en lien direct avec l’univers ! » L’effet linéaire du trait est démultiplié dans un tourbillon qui révèle le foisonnement intérieur des personnages avec des effets saisissants. Il estime lui-même que la répétition de ces motifs – leur surenchère formelle également – permet de donner naissance à une série d’épisodes ininterrompue, reliant un tableau à l’autre. Comme s’ils constituaient tous les parties éparses d’une seule et même œuvre. « To be continued », s’amuse-t-elle dans une ultime pirouette complice, comme une invitation pleine de malice à découvrir la suite. Indéfiniment.

Cliquez sur l'œuvre pour l'agrandir Touchez sur l'œuvre pour l'agrandir
Se renseigner sur cette oeuvre