La Kraemer
Gallery

Yannick
Kraemer

Collectionneur d’art depuis plus de 35 ans, Yannick Kraemer porte un regard avisé sur le Pop Art et ses déclinaisons, les Nouveaux Réalistes, la Figuration Narrative, la Figuration Libre, entre autres mouvements phares des dernières décennies.

Collectionneur d’art depuis plus de 35 ans, Yannick Kraemer porte un regard avisé sur le Pop Art et ses déclinaisons, les Nouveaux Réalistes, la Figuration Narrative, la Figuration Libre, entre autres mouvements phares des dernières décennies. Pour cela, il entretient des relations nourries au sein d’un réseau d’artistes reconnus dans le monde entier et de galeries internationales.

À l’automne 2022, il a lancé sa galerie d’art moderne et contemporain à l’occasion de deux expositions inaugurales à fort retentissement : à la Poudrière, à Sélestat (3000 visiteurs en un week-end) et à la foire d’Art Contemporain ST-ART à Strasbourg.

Dans sa galerie, il présente des pièces remarquables signées par les plus grands noms de l’art moderne et contemporain, parmi lesquels Niki de Saint Phalle, Gérard Schlosser, Jacques Villeglé, Robert Combas, Peter Klasen, Wim Delvoye, Jeff Koons, Jan Fabre, Damien Hirst, Aboudia et Yeanzi.

En amateur éclairé, Yannick Kraemer se fait également découvreur d’artistes français, africains ou asiatiques. En cela, il joue les passeurs de talents en devenir. D’aujourd’hui pour demain.

ENTRETIEN

Avant de devenir galeriste, vous étiez vous-même collectionneur d’art. À partir de quel moment avez-vous ressenti l’envie d’acquérir des œuvres ?
Ça a été le cas notamment en 1987 quand je me suis rendu à New York. J’ai profité d’un séjour pour découvrir les galeries. Dans l’une d’elles, je suis émerveillé par un jeune artiste : Jean-Michel Basquiat. Nous sommes à un an de sa disparition, le montant de ses toiles s’élève déjà à 100 000 dollars, ce qui constitue forcément une somme pour l’époque. Je m’interroge sur la possibilité de franchir le pas – ce que je ne fais pas –, et c’est bien dommage parce que l’une ou l’autre de ces œuvres valent aujourd’hui jusqu’à 20 millions de dollars !

Jean Michel Basquiat
Jean Michel Basquiat

Il reste de cette découverte une soif dévorante pour les œuvres d’art que vous finissez par acquérir avec un goût de plus en plus affiné.
Oui, je pense que mon coup de cœur initial pour Basquiat et d’autres artistes de la mouvance Pop aux États-Unis m’a donné envie d’aller plus : ce fut le cas par exemple avec les membres reconnus de la Figuration Libre en pleine explosion à la fin des années 80, comme Robert Combas ou Hervé di Rosa. Mais j’ai élargi ma vision des choses, n’hésitant pas à explorer les filiations successives de ces courants : la Figuration Narrative avec Rancillac, Erró, Peter Klasen, Jacques Monory ou Gérard Schlosser – que j’adore ! –, les Nouveaux Réalistes avec Villéglé, Niki de Saint-Phalle et Arman bien sûr, autant de courants qui s’attachent à l’esthétique tout en faisant passer de vrais messages. J’apprécie le fait que ces artistes émettent un point de vue sur l’évolution de la société de leur temps, qu’ils se jouent des codes, pratiquent le détournement et la surenchère formelle avec sérieux parfois mais aussi avec beaucoup d’humour. Cela offre des lectures multiples, parfois surprenantes. Et chez eux, j’aime les compositions presque spectaculaires, la forte présence de la couleur et la franchise du trait.

On vous suppose prêt à explorer bien des voies artistiques.
Oui, je m’aventure sur bien des terrains : je peux me laisser séduire par des approches bien différentes, parfois plus abstraites, comme ça au feeling, simplement à l’émotion. Ce qui me séduit c’est d’anticiper la tendance, de dénicher la perle rare et du coup de la révéler auprès de mon entourage dans un échange permanent. Ça crée une émulation plaisante.

D’où peut-être cette envie de passer de l’autre côté et de devenir galeriste à votre tour ?
Sans doute. On perçoit souvent le galeriste uniquement comme un marchand d’art. Mais il est avant tout un amateur d’art, dont les artistes ont besoin pour être montrés – parfois accompagnés dans leur démarche, comme peuvent l’être certains cinéastes dans la relation qu’ils entretiennent à leur producteur. L’envie est là, c’est vrai : emprunter bien des voies en passionné d’art.

À ce titre, vous aimez également transmettre en passeur d’art.
Ce que j’aime dans le Pop m’a permis d’investir d’autres champs artistiques ; c’est le cas de tous ces artistes africains que j’affectionne tant : Aboudia, Yeanzi, Boua ou Ategwa. Je n’invente rien, ils sont représentés par de belles galeries mondiales, on les a tous vus à la Biennale de Venise ou dans différentes expositions thématiques dans le monde. Mais peut-être étais-je là en temps réel à percevoir immédiatement leur intérêt ? Et peut-être puis-je me permettre d’être passeur de leur art à mon tour ? Parfois cette transmission passe par des mises en relation surprenantes : j’aime l’idée de raconter une histoire au visiteur, celle d’un passé récent qui nous permet de mieux situer le présent. Et de dessiner ainsi les contours de l’avenir…