Les vertus de l’amitié

Kraemer Gallery s’attache à construire des relations sur la durée avec des artistes amis.
Damien Ligier, Daniel Gasser, Marc Felten, Flore Sigrist, Marie Marziac, Matthieu Graffensttaden…

DAMIEN LIGIER

Le conteur d’histoires

Si certains deviennent artistes un peu par la force des choses, lui est né ainsi. Naturellement, presque viscéralement. Tout jeune déjà, Damien Ligier s’est adonné à des formes diverses : dessin, collage, photomontage, sculpture. Il le fit avec un sens précoce de la récupération et du détournement – « Ma manière à moi de transformer l’objet usuel et de lui donner une nouvelle fonction », nous explique-t-il –, ce qui l’a amené à exposer dès l’âge de 18 ans des pièces, à Lyon, sa ville d’origine : généralement des objets auxquels il redonnait vie, avec des matériaux que l’on juge peu nobles tels le plâtre et la fibre.

Ses études l’amenèrent par la suite à Strasbourg aux Arts Déco, à une époque où il multiplie, grâce à l’appui d’un agent allemand, les expositions en Suisse, en Allemagne et au Luxembourg. Certains se souviennent de la belle exposition aux serres de l’Orangerie, à Strasbourg, où dans une ambiance tropicale il présentait d’ambitieux triptyques influencés par le monde urbain. Empruntant une voie pop avec la déclinaison de personnages colorés récurrents, un peu à la façon de ceux qu’on peut admirer dans sa cuisine sur le dessin de Hervé Di Rosa que ses parents lui offrent très tôt, il connaît un vrai succès grâce à des produits dérivés, des tapis, des tasses, des petits cochons ou des décapsuleurs. Parmi ses faits d’art les plus célèbres, la customisation d’une voiture pour le Président allemand, Johannes Rau — une Skoda entièrement peinte. C’est dire sa notoriété outre-Rhin !

La position du griot

Qu’on ne se méprenne pas cependant, derrière la naïveté de façade et un semblant d’insouciance, les saynètes qu’il crée, parfois sous la forme de petits cabinets de curiosité en volume, comportent leur part de gravité : un détail, ici ou là, vient contredire l’apparence de légèreté et conduit à une vraie réflexion sur des questions existentielles. Il nous l’affirme, au cas où on aurait eu l’envie d’en douter : « Je suis conscient de ce je fais ! » Et de relater qu’il se situe comme les griots d’Afrique, dépositaires de la tradition orale de leur communauté, qui utilisent le récit afin d’ouvrir leur auditoire à des prises de conscience. Damien « raconte ». C’est le cas à l’occasion de ses nombreux voyages : dans des carnets qui constituent un journal de bord, il notifie ce qu’il voit et pose un regard sur l’évolution des choses, non sans humour. Nous renvoyant par la même occasion à nos propres interrogations.

Duo
Duo

Une belle lucidité

Étonnamment, il a arrêté d’exposer pendant près de 10 ans. Inutile de l’interroger sur cette coupure, la raison lui échappe. Le manque d’envie, ça ne s’explique guère… L’interruption de sa présence sur le marché de l’art ne veut pas dire qu’il ait cessé de produire pour autant. Ceux qui le connaissent le savent : ça fourmille en permanence dans son esprit fertile. Là, l’envie d’y « retourner » le démange depuis quelques mois déjà. De retourner notamment au contact des gens, discuter avec eux sur les pièces exposées. « Oui, j’aime l’idée de faire plaisir aux gens : ils m’expriment ouvertement ce qu’ils ressentent, me posent des questions et ça occasionne des échanges vraiment plaisants. »

Nulle candeur chez lui, une envie pure de partager de vrais sentiments. Sans doute à l’image de l’une de ses modèles absolue, l’artiste Niki de Saint-Phalle. Il s’inspire de son évolution artistique qui lui a permis de passer de la saturation – « Une colère colorée » – à une forme d’épure graphique avec des formes dansantes et une joie presque ingénue. Comme chez elle, la charge reste entière dans les œuvres de Damien, mais elle s’exprime différemment dans des pièces qui se lisent avec minutie. On y constate la force d’un propos sensible et réfléchi qui, loin de tout discours, en dit bien plus sur notre époque et l’évolution de nos sociétés que l’analyse formelle qu’on voudrait en faire. Avec distance certes, mais toujours avec une belle lucidité.

Mamouthor
Mamouthor
DANIEL GASSER

L’espace de liberté

La figure humaine est centrale dans vos œuvres.
Oui, la clé de mon travail est l’univers de l’homme, le langage du corps qui exprime ses souffrances, ses doutes, ses jouissances, ses joies. C’est l’homme porteur de ses désirs dans l’attente, l’angoisse, la solitude, la complexité et la vie. Je dessine toujours, poussé par une certaine abstraction destructrice, mais en contact permanent avec la réalité, le dessin se confond alors avec l’écriture.

Selon vous, qu’est-ce qui définit l’artiste aujourd’hui ?
Être artiste, c’est un mode de vie, cela s’invente tous les jours. C’est bénéficier d’un formidable espace de liberté, d’une place privilégiée, mais pas facile à tenir. Cette liberté est précieuse, mais elle a un prix : être artiste reste un engagement à vie, un défi permanent de tous les instants. En tant qu’artistes, nous sommes les observateurs de la société, nous sommes chargés de lui donner du sens et de la faire avancer. Le plaisir, l’émotion, la conscience d’où nous venons et la confiance dans l’avenir, c’est la vérité, l’antidote à l’éphémère.

Peut-on vivre de sa peinture aujourd’hui ?
Dans l’imaginaire des gens, l’artiste c’est Van Gogh « une vie pénible, dont le génie n’est reconnu qu’à titre posthume » ; on reste encore sur cette figure de l’artiste maudit, marginal, rebelle, excentrique, passionné et libre… Il est très difficile de vivre rapidement de son art, seuls 6 % des près de 60 000 artistes environ déclarés en France obtiennent des revenus artistiques confortables. Une minorité de stars soutenues largement par les institutions et les grands circuits marchands deviennent de véritables refuges pour spéculateurs. La grande majorité des artistes fait tous les métiers du monde de longues années pour survivre : on trouve autant de créateurs que d’œuvres : il est donc impossible d’établir une typologie. Le niveau de revenus est le premier facteur d’inégalité d’accès à la culture.

Quel regard portez-vous sur la culture et l’art contemporain ?
L’art contemporain est souvent mal compris, on le méprise et on le tourne en dérision. Pourtant 67 % des Français voient dans l’art quelque chose d’universel et d’essentiel pour l’humanité. Ils comprennent l’art comme un cheminement vers la beauté, ils partagent l’espérance selon laquelle « la beauté sauvera le monde ». Par contre, 20 % des Français voient dans l’art un luxe inutile réservé à des privilégiés. Cette hostilité est provoquée par le fait que l’art contemporain a pris hélas une dimension élitiste et est devenue un produit de marché. Cotées sur Internet, les œuvres d’art contemporaines sont devenues une manne financière potentielle, qui n’exclut pas les effets de mode au détriment des travaux réellement de qualité.

Quel est, selon vous, le principal critère de réussite d’un artiste ?
Le principal critère de réussite d’un artiste pour le public est sa notoriété, mais l’essentiel pour moi est le bonheur qu’on m’a donné de créer, de m’exprimer, de vivre de mon art, c’est de réussir sa vie d’homme et d’artiste. Je pense que l’envie de créer est naturelle et inhérente à chacun ; il y a des talents libérés et des talents inhibés Il n’y a pas de mauvaise œuvre, il y a des œuvres comprises ou pas.

MARC FELTEN

L’impact du message

Le corps est omniprésent dans les œuvres de Marc Felten. De son propre aveu, depuis l’âge de 12-13 ans, il n’a pas peint ni dessiné autre chose. « Dans mes dessins anciens ou mes aquarelles, on ne trouve que des corps humains, alors que mon père, également peintre, réalisait des paysages, rarement des corps. » Une figure masculine la plupart du temps, toujours la même, est générée spontanément. Souvent présentée dans sa nudité originelle, elle porte le poids du regard inquiet que le peintre pose sur le monde. En proie à des convulsions qui s’apparentent à une étonnante chorégraphie, elle manifeste les doutes d’une humanité confrontée à ses propres pulsions destructrices : la surconsommation et le non-respect de l’environnement. Avec force, elle se détache sur des aplats de couleur pop, mais nous saisit par la vigueur d’un trait généralement renforcé au fusain ou au charbon.

Klara Beck

L’inspiration du moment

Marc Felten a longtemps travaillé dans la publicité, et sa peinture emprunte parfois des codes qui visent à un impact sur la durée : le message est là, il est signifié par le trait, magnifié par la couleur. Il l’admet volontiers : cette figure est générique – « Elle n’a pas de nom, les traits ne sont pas identifiables, elle a une silhouette » –, elle nous représente à la fois dans ce que nous sommes amenés à subir, elle nous rappelle à notre propre responsabilité dans les dommages causés et nous invite aussi à nous montrer en capacité de réagir. En cela, elle nous interpelle doublement. Aujourd’hui, elle s’anime, révèle un visage et parfois nous sourit. Quand, avec un brin de modestie, Marc Felten se cache derrière sa propre spontanéité – « Les éléments m’apparaissent comme ça, et je ne cherche pas à savoir pourquoi » –, on le sait forcément de très bonne foi, on sait qu’il fonctionne à l’instinct et qu’il laisse libre cours à l’inspiration de l’instant, et en même temps on mesure le poids du message qu’il cherche à délivrer.

Des figures qui nous ressemblent

« Je suis un expressionniste », nous précise l’artiste qui puise dans le background graphique des artistes germaniques la force de son expressivité. Il révèle une vie de l’intérieur, quitte à déverser sur la toile quelque chose de totalement organique – on pense immanquablement à Francis Bacon –, dans une veine qui mêle intensité dramatique mais aussi onirisme. Un combat naît entre la figure et l’espace du cadre dans lequel elle se situe ; déséquilibrée par le désir, elle cherche à s’échapper mais immanquablement la composition la ramène au centre, créant ainsi le juste équilibre entre le fantasme d’une émancipation possible et la dure réalité des temps. Ces figures sont touchantes parce qu’elles nous ressemblent par bien des aspects : elles expriment nos propres doutes tout en exaltant la vitalité qu’on place à les exprimer très fort.

La force de l’action

Si l’humour n’est pas le moindre des paradoxes dans le travail de Marc Felten, la réalité se rappelle au spectateur avec une vigueur renouvelée. Nulle complaisance cependant, l’espoir resté intact situe la force de l’action. Grâce à la pensée, l’homme situe un cheminement possible. C’est sans doute ce qu’il faut retenir d’un geste pictural vif qui fait appel aux sens et à la raison : quand il œuvre, Marc Felten pose un regard sur le monde en humaniste. Un regard dont l’acuité va sans cesse grandissante. Un regard qui fait la modernité de sa peinture.

MARIE MARZIAC

Les couleurs de la vie

Il est plaisant d’échanger avec Marie Marziac : les couleurs que l’on découvre dans ses toiles, on les entend dans sa voix pleine d’enthousiasme. Justement, elle l’affirme avec ferveur « Vous savez, je suis coloriste. Avant tout, j’aime la couleur ! Et là, toutes les possibilités s’offrent à moi : on peut tout mélanger, le rouge, le vert, l’orange ; tout n’est question que d’équilibre dans l’agencement, et là ça peut fonctionner ! » Et de nous relater : « Récemment, je me suis procuré des bombes aérosols ; ça n’est pas ma génération que de taguer ainsi, mais j’ai posé des gabarits et j’y suis allé avec des couleurs impossibles, toutes ensemble. Et ça a marché ! J’ai eu une révélation ! » Avec un brin de gravité, elle nous avoue avoir « du mal à comprendre les gens qui restent insensibles aux couleurs. Elles sont pourtant là dans la nature, disponibles. Il n’y a plus qu’à se servir… »

Poésie de l’instant

Alors que nous percevions dans ses tableaux un jeu prononcé sur la trace, elle tempère notre propos avec une franchise désarmante : « Une fois que la couleur est posée, tout le reste vient équilibrer le tableau. Cela génère des traces, effectivement. » De son approche, naissent des œuvres abstraites empreintes d’une poésie délicate. « Oui complètement, nous confirme-t-elle, je penche du côté de l’imaginaire. Et même si je ceins d’un trait noir certaines de mes compositions, je suis très loin de toute tentation figurative. Ça ne m’empêche pas d’apprécier certains peintres du XVIIe comme Caravage par exemple. »

Courbes infinies

On l’interroge sur la forte présence de la matière qui révèle une approche tactile. Elle se dit très inspirée par ce qui l’environne, à proximité de son atelier en Corse : la nature bien sûr, la mer et les cailloux. « Oui, le minéral me suggère des motifs. Il n’y a rien à rajouter, tout y est ! » Elle nous relate comment elle a oxydé les matériaux de certains tableaux pour retrouver la tonalité « rouille » des cailloux récoltés ici ou là. Avec sa candeur naturelle, elle précise : « Toute ma démarche s’appuie sur ce que je vois autour de moi. Avec ma propre inspiration, bien sûr ! » Elle sous-entend qu’elle décline par-là les formes récurrentes de ses tableaux, dont certaines peuvent naître parfois d’exercices de calligraphie, les lettres répétées générant des courbes infinies. Nous le constatons, pour Marie Marziac, l’art est vécu avec une certaine spontanéité. Il constitue un sourire, un apaisement. Quelque chose de franchement réjouissant. « Vous savez, je me lève le matin, j’écoute beaucoup de musique – toutes sortes de musique –, je lis, je regarde au-dehors, tout cela se rejoint. Dès lors, il me suffit de fermer les yeux. Ça me donne une direction, je sais quelle forme donner et quelles couleurs associer ! Pour moi, la peinture reste étroitement liée à ce qu’on vit. »

MATTHIEU GRAFFENSTTADEN

Le voyage intérieur

Il est des souvenirs qui fondent une pratique. Quand Matthieu Gasser « Graffensttaden », adolescent, se rend à la sortie des cours chez son père médecin à l’Hôpital Civil, à Strasbourg, il passe des heures les yeux rivés sur le microscope. Qu’y découvre-t-il ? Il nous l’avoue sans détours : « Comme je suis hermétique à la science, je n’y comprenais rien. Par contre, ce que j’y vois, je le trouve tout simplement beau ! » Il est fasciné par l’apparition des cellules colorées entraînées malgré elles dans leur chorégraphie silencieuse. « Avec le microscope, tu peux bouger les éléments au millimètre près, cela provoque une sensation délicieuse : celle de naviguer ! » Dès lors, il ne se prive plus de voyager au cœur des images. « Comme dans l’espace », nous précise-t-il, insistant sur « l’infiniment petit et ce sentiment – en même temps – d’évoluer au cœur de l’espace intersidéral. » À l’écouter, l’on mesure encore longtemps après le poids d’une émotion demeurée intacte. « J’aimais l’idée du mouvement, et cette possibilité d’un voyage sans cesse renouvelée. »

L’acte pour l’art

À la même époque, il est sensibilisé à l’art par sa maman qui lui fait découvrir la peinture classique de la Renaissance, mais aussi des artistes comme Turner. De la même manière, il aime voyager dans les livres d’art illustrés. « D’autres voyages visuels », selon lui, pour lesquels il se laisse embarquer de manière spontanée. « À l’instinct », insiste-t-il en faisant allusion à une dimension immédiate, première. De la même manière, il est fasciné par le geste de sa mère en train de reproduire les tableaux de Turner sans pour autant se laisser tenter lui-même par une quelconque approche plastique. Il observe avec attention la mallette qui comprend les pinceaux et la gouache, « mais tout cela [lui] semblait inconcevable ». Sa sensibilité artistique, il l’a toujours su présente en lui mais il lui a fallu pour passer à l’acte que « le concept se débloque ! ».

Le champ des possibles

Et c’est justement la rencontre avec l’art conceptuel lors d’un cours à la Sorbonne sur la “direction de projets culturels” qui va l’amener à envisager les choses différemment. Il découvre notamment le principe d’une pièce de jeunesse de Robert Rauschenberg, Erased De Kooning Drawing, qui consiste comme son titre l’indique à effacer un dessin de Willem De Kooning. Admirateur de l’œuvre de l’artiste néerlandais, le jeune Américain lui demande un dessin qu’il pourra gommer. Son aîné se prête au jeu et lui transmet une œuvre sur papier, dense et donc difficile à effacer – une œuvre à laquelle il est lui-même attaché. Le cadet s’exécute et efface le trait pour atteindre une forme proche du monochrome. Avec cet acte fondateur, Matthieu a bien compris qu’il fallait dépasser le nihilisme de la démarche pour comprendre que sur la base d’une pièce déjà existante, il était possible de faire œuvre à nouveau. « Dans mon cours, on nous expliquait que c’était une forme d’aboutissement. Je devais admettre que c’était vrai ! » Il y voit un modèle indépassable, mais qui lui ouvre « un champ des possibles. »

Le portrait cellulaire

Comme il travaille pendant quelques années dans le milieu des musiques électroniques à un moment où celles-ci vivent leur avènement en France à la fin des années 90 et au début des années 2000 il se laisse influencer par cette culture qui fait de l’échantillon la base d’une création infinie. « L’énergie, nous relate-t-il, je la ressentais fortement. Rauschenberg, ça me semblait loin, mais la techno ou la house, c’était là ! » En l’écoutant, on se prend à penser que des liens évidents existent dans la réutilisation de formes existantes – un objet ou un motif pour l’artiste pop américain, un sample pour Daft Punk. En tout cas, pour Matthieu ça fait sens au point qu’il se sent porté par une puissance créatrice nouvelle. Se souvenant du microscope de son père, il expérimente une première série d’impressions à partir de ses propres cellules. Il les prélève sur lui-même, les fixe sur une lame et les colore selon un procédé médical, puis les photographie sur leur plaque. Il obtient ainsi un premier « portrait cellulaire » qu’il insère dans un plexiglas. En 2020, il renouvelle l’expérience avec une famille et ses enfants sous la forme d’un triptyque. Le procédé est lancé, avec une infinité de variations : formats, couleurs et textures.

Une mise à nue

Sa première exposition officielle, la présentation de Kraemer Gallery à la Poudrière à Sélestat, a constitué un révélateur pour Matthieu Graffensttaden – son nom d’artiste désormais. Il s’y est découvert artiste et y a offert, ce qui le rend fier, « un moment d’épanouissement aux gens ». Il aime l’idée de pouvoir restituer le « beau » aux visiteurs. Cette « beauté » qu’il puise au plus profond de l’intimité. En effet, chaque pièce est unique ; elle procède d’une démarche qui implique l’acheteur. Ce dernier n’acquiert pas une œuvre qu’il peut emporter avec lui, mais se doit de livrer ses cellules sous la forme d’un prélèvement et patienter jusqu’à l’exécution finale de la pièce. La nouveauté réside sans doute là dans le cadre d’un concept collaboratif qui met sur un pied d’égalité l’artiste et la personne en demande de son « portrait cellulaire ». « Oui, dans la mesure où la matière que j’utilise est la beauté intérieure des gens », confirme Matthieu avec assurance. Cette matière débouche sur « un portrait de soi » d’un genre nouveau qui nous révèle ce qui nous semble irréductible à nous-mêmes : le souffle même de nos vies. « Oui, c’est une véritable mise à nue : le reflet magique de notre personnalité et de notre tempérament. De notre âme. »